Le Riesling, le Gewurztraminer, le Pinot gris… Ce trio fait battre le cœur du vignoble alsacien ; mais tous ne vivent pas pareillement la transformation climatique. Tour d’horizon des cépages « gagnants », de ceux en mutation, et des expérimentations en cours.
Des grandes variétés traditionnelles bousculées
- Riesling : Sa vivacité et sa grande fraîcheur deviennent difficile à préserver avec des températures plus hautes. Certains vignerons le plantent désormais en altitude ou sur des terroirs plus frais, pour compenser la maturation rapide.
- Pinot noir : Grâce au réchauffement, il gagne en maturité et offre des vins plus colorés, plus riches. Il connaît un vrai regain d’intérêt.
- Gewurztraminer et Muscat : Leur précocité peut être un inconvénient ; parfois vendangés en pleine chaleur, ils risquent la perte d’acidité et des arômes exubérants.
Nouvelles tendances : retour de variétés oubliées et sélection massale
L’Alsace, terre d’histoire, regorge de cépages anciens tombés en désuétude, souvent pour des raisons de mode ou de rendement mais dont les qualités pour le climat actuel se révèlent aujourd’hui précieuses.
- Auxerrois : Cépage moins précoce, il gère mieux la chaleur que le Pinot blanc. Sa rusticité est appréciée en bio.
- Chasselas : Longtemps snobé, il revient dans certains domaines bio pour sa finesse et sa régularité dans les années chaudes.
- Silvaner : Capable de donner des vins d’une grande fraîcheur sur sols calcaires, il est de plus en plus replanté dans les terroirs frais du nord.
La sauvegarde de la diversité génétique via la sélection massale (plutôt que le clonage) est une autre méthode employée par les vignerons bio : elle permet de sélectionner des plants adaptés au climat local et résistants naturellement.
L’exploration de nouveaux horizons : cépages résistants et croisements
La recherche agronomique et l’expérience sur le terrain ont permis d’identifier (et d’autoriser) de nouveaux cépages hybrides, dits PIWI (issus de la croisée entre Vitis vinifera et espèces résistantes), qui combinent :
- résistance aux maladies (réduisant les traitements phytosanitaires),
- et adaptation au stress hydrique ou à la chaleur.
Parmi ceux autorisés à l’essai dans certains vignobles alsaciens :
- Souvignier gris
- Muscaris
- Cabernet blanc
Leur adoption est prudente mais promet d’ouvrir de nouvelles voies, à condition que leur profil aromatique s’accorde à l’identité alsacienne. Un exemple : le domaine Marcel Deiss expérimente différentes souches sur ses parcelles, croisant données agronomiques et dégustations en cave pour sélectionner les plus prometteuses.