Le débat sur le choix des cépages n’est pas qu’affaire de technique : il engage une réflexion de fond sur le respect du terroir, la transmission de la biodiversité et la signature gustative des vins. Un vignoble 100 % PIWI serait, certes, plus facile à conduire en bio – mais au prix de la disparition de saveurs patrimoniales, et d’une perte du lien au sol que seule confère la persistance du Riesling, du Gewurztraminer, ou même d’un Sylvaner sur des vieilles vignes bien conduites.
Les expériences récentes montrent qu’un retour à la diversité s’impose : dans certaines exploitations, de vieux plants ressuscités sur des friches, ou quelques rangs oubliés d’anciens cépages complantés, offrent une résilience inattendue face aux épidémies. Les résultats obtenus sur des micro-parcelles témoignent de la pertinence d’une agriculture biologique qui s’appuie sur l’observation, la patience et la diversité, plutôt que sur la monoculture ou la course aux nouveautés.
L’avenir du vignoble alsacien biologique dépendra toujours du choix judicieux des variétés, mais surtout de la capacité à écouter la vigne, à anticiper les balancements du climat et à composer, chaque année, avec l’étonnante volonté de survie des cépages ancestraux. Les témoignages de terrain (vignerons réunis autour du réseau Bio Grand Est, constats du CIVC et de l’INRAE) abondent : partout où la diversité variétale est entretenue et les choix adaptés au microclimat local, la culture bio progresse – et avec elle, une qualité de vin reflet de ce terroir vivant si cher à l’Alsace.