Tisanes d’ortie et de prêle : alliées naturelles pour protéger la vigne

1 janvier 2026

Pourquoi miser sur les tisanes de plantes en viticulture bio ?

La viticulture biologique cherche à limiter l’emploi des produits de synthèse pour préserver l’équilibre du sol, la santé de la vigne et celle du vigneron. Parmi les alternatives naturelles, les tisanes d’ortie (Urtica dioica) et de prêle des champs (Equisetum arvense) sont devenues des incontournables des pratiques agroécologiques. Leur popularité ne relève pas d’un simple engouement de surface : l’efficacité documentée de ces extraits végétaux s’appuie sur des principes actifs précis, capables de booster les défenses immunitaires de la vigne et d’améliorer sa vitalité face aux agressions (maladies cryptogamiques, carences nutritives, stress abiotique).

Selon une enquête menée par Bio Grand Est en 2021, près de 63 % des vignerons bio alsaciens utilisent régulièrement des préparations végétales, principalement pour réduire l’usage du cuivre et du soufre (Bio Grand Est). Ces tisanes offrent une protection douce et, bien employées, participent à la résilience environnementale du vignoble alsacien.

L’ortie et la prêle : deux plantes, deux profils complémentaires

Ortie : stimulateur et fortifiant polyvalent

  • Riche en azote, minéraux et oligo-éléments : l’ortie apporte donc vigueur à la vigne, stimule la croissance et dope sa résistance naturelle. Elle contient également des phytohormones et des flavonoïdes, connus pour stimuler les défenses immunitaires des plantes (ITAB).
  • Mise en valeur du sol et du microbiote : une application régulière d’extrait d’ortie favorise la vie microbienne et améliore la structure du sol.

Prêle : rempart antifongique par excellence

  • Teneur exceptionnelle en silice (jusqu’à 15 %) : la silice renforce les cellules végétales et agit comme une barrière mécanique contre les champignons (mildiou, oïdium).
  • Vertus préventives : la prêle est réputée pour sa capacité à prévenir plutôt qu’à guérir, s’employant en début de saison pour préparer la vigne à affronter l’humidité.

Matériel et précautions avant la cueillette

  • Identification et localisation : privilégier les jeunes pousses, loin des zones polluées (routes, cultures conventionnelles).
  • Sécurité : porter des gants lors de la récolte d’ortie, et respecter la réglementation (cueillette en quantité raisonnable, zones naturelles protégées).
  • Matériel recommandé :
    • Sécateur propre
    • Grand sac en toile ou en papier
    • Seaux ou bidons alimentaires (plastique ou inox) pour les macérations
    • Tamis ou grande passoire
    • Arrosoir ou pulvérisateur propre

Préparer sa tisane d’ortie : mode d’emploi précis

1. Récolte et choix des parties

  • Cueillir l’ortie juste avant la floraison (avril-mai en Alsace), feuille et tige comprises.
  • Utiliser 1 kg de plante fraîche ou 200 g de plante sèche pour 10 litres d’eau de pluie ou de source.

2. Infusion correcte

  • Porter l’eau à ébullition, couper le feu, plonger l’ortie et laisser infuser 15 à 30 minutes (pour conserver vitamines et micronutriments).
  • Filtrer après refroidissement. Éviter d’utiliser de l’eau chlorée afin de préserver l’action des micro-organismes bénéfiques.

3. Doses et applications

  • Employer diluée à 10 % (1L de tisane pour 10L d’eau) en pulvérisation sur le feuillage.
  • Fréquence : tous les 10 à 15 jours de la sortie des feuilles jusqu’à la véraison, surtout lors des périodes de stress ou après un épisode de grêle.

La prêle : réussir une préparation efficace

1. Récolte judicieuse

  • Privilégier les tiges stériles (tiges ramifiées de juin à septembre), à forte concentration en silice.
  • Compter 1 kg de plante fraîche ou 100 g de plante sèche par 10L d’eau.

2. Préparation et infusion

  • Faire bouillir la plante dans l’eau pendant 20 à 30 minutes. La persistance de la silice nécessite ce temps d’ébullition. Laisser reposer 12 à 24 h, puis filtrer.

3. Conseils d’utilisation

  • Diluer à 10-20 % pour la pulvérisation (en cas de menace de maladies cryptogamiques, jusqu’à 30 % sur cépages sensibles tels que le gewurztraminer).
  • Intervalle : 7 à 14 jours, idéalement avant pluie ou forte humidité pour prévenir les attaques de mildiou et d’oïdium.

Conseils pratiques d’application dans le vignoble

  • Privilégier un temps sec et couvert (matin ou fin de journée) : l’humidité favorise l’adhésion, et l’absence de soleil limite le stress foliaire.
  • Ne pas mélanger ortie et prêle dans une même macération, mais alterner les applications : ortie pour la vigueur et la stimulation, prêle comme barrière antifongique.
  • Veiller à renouveler en cas de forte pluie.
  • Doser prudemment, surtout pour l’ortie : l’excès peut entraîner une croissance végétative trop importante au détriment de la maturation des fruits (GRAB Avignon).

Les résultats sur la vigne : apports mesurés et retours d’expérience

Plusieurs expérimentations, réalisées notamment par l’ITAB (Institut Technique de l’Agriculture Biologique) et l’IFV (Institut Français de la Vigne et du Vin), ont montré que l’usage régulier de tisanes adapte la physiologie des ceps : augmentation de la résistance aux maladies foliaires et meilleur équilibre végétatif.

Par exemple, en 2017, l’IFV a rapporté que l’application de tisane de prêle sur un hectare de riesling réduit de 30 % l’incidence du mildiou par rapport à une parcelle témoin non traitée (IFV, Alternatives au cuivre).

L’ortie se révèle précieuse lors des printemps froids et humides, où le développement de la vigne est entravé. Son action booste les jeunes pousses et accentue la vigueur des plants, tout en atténuant certains symptômes de carences.

Du côté des vignerons, les témoignages convergent : ces solutions sont efficaces quand elles sont intégrées à une stratégie globale (travail du sol, observation fine du climat, sélections des cépages résilients). Elles ne sont pas des remèdes-miracles, mais offrent une stabilité supplémentaire, qui limite en moyenne de 15 à 40 % les interventions phytosanitaires lourdes selon le millésime.

Quelques écueils à éviter pour préserver l’équilibre du vignoble

  • Trop d’ortie : risque de croissance exubérante, préjudice pour la qualité aromatique des raisins sur les cépages précoces.
  • Erreur de dosage de prêle : surdosage peut provoquer des brûlures foliaires, surtout lors de périodes très sèches.
  • Risques réglementaires : en France, seules les tisanes simples sont autorisées. Les macérations fermentées ou extraits alcooliques sont soumis à des réglementations strictes (Source : Ministère de l’Agriculture).
  • Ne pas traiter en période de floraison : afin de préserver l’action des pollinisateurs et favoriser la nouaison.

Pour aller plus loin : ressources et recommandations

L’essor des tisanes végétales en Alsace comme ailleurs montre la capacité du vignoble à faire dialoguer tradition et innovation. Dans leur simplicité, ortie et prêle deviennent les symboles d’une viticulture attentive, patiente, prête à puiser dans la nature ses propres solutions pour affronter l’avenir. À suivre : d’autres plantes à découvrir, d’autres techniques naturelles à explorer pour renforcer, année après année, la vitalité de nos vignes et la typicité de nos terroirs.

En savoir plus à ce sujet :