La grande richesse de l’Alsace réside dans son patrimoine ampélographique : Riesling, Gewurztraminer, Pinot Gris, Muscat, Sylvaner… tant de noms attachés à des styles, des histoires, des paysages. Leur expression, le fameux « goût du terroir », fait l’objet d’un immense attachement tant chez les vignerons qu’auprès des amateurs.
L’intégration de cépages résistants dans ce paysage suscite donc des débats :
- Certains craignent une dilution de l’identité alsacienne, notamment pour les vins d’appellation.
- D’autres voient dans ces variétés une chance de conserver, à terme, la viabilité économique de certaines exploitations en réduisant leurs charges et leur vulnérabilité.
La réglementation AOC en Alsace autorise l’usage d’un nombre limité de cépages dûment inscrits au cahier des charges. Aujourd’hui, seuls quelques PIWI sont expérimentés en IGP ou en vin de France, mais la question de leur intégration dans les futurs cahiers des charges AOC fait débat et pourrait évoluer, à la faveur de retours d’expérience réussis (voir Vitisphere).
Sens artistique, adaptation et typicité : le défi des vignerons
La culture de cépages résistants ne s’improvise pas. Elle modifie la façon de travailler la vigne, mais aussi celle de concevoir le vin. Le profil aromatique de PIWI diffère souvent des classiques, le Solaris proposant par exemple des notes très muscatées, tandis que le Souvignier gris séduit par sa fraîcheur saline.
Des caves alsaciennes pionnières, comme les coopératives de Wolfberger ou Bestheim, commencent à élaborer des cuvées en PIWI – souvent hors AOC – pour évaluer l’accueil du public. On voit aussi émerger des concours dédiés, à l’image du PIWI Wine Award International qui récompense chaque année des vins issus de cépages résistants, dont plusieurs d’Alsace.
L’enjeu est de taille : que deviendra l’image de l’Alsace si demain, dans un contexte de plus en plus tendu sur les questions de pesticides, ces cépages apportent des solutions techniques, sans sacrifier la notion de terroir ? La réponse dépendra du soin porté à l’adaptation de chaque cépage à son terroir, à ses rendements et à la précision des vinifications.