Un risque d’érosion non négligeable, en particulier sur les coteaux
Sur des pentes marquées, le labour (même léger) expose le sol nu à la violence des orages printaniers. L’érosion hydrique menace alors. En Alsace, les statistiques du BRGM montrent une perte annuelle de 8 à 13 tonnes de terre par hectare dans certains secteurs viticoles sur collines, une situation aggravée par le sol laissé nu en sortie d’hiver (source : BRGM Alsace, 2018). Là où le couvert végétal fait rempart, le labour léger, trop systématique, peut ouvrir la voie à la dégradation du terroir.
Fragilisation de la faune du sol et du microbiome
Si les vers de terre apprécient une terre aérée, ils détestent les passages répétés d’outils. Le labour léger, lorsqu’il est trop fréquent ou réalisé à mauvaise période (après pluies, par exemple), peut provoquer la diminution de la macrofaune : lombrics, insectes, collemboles, tous contributeurs du recyclage de la matière organique.
Des relevés comparatifs effectués par l’INRAE sur le vignoble de Ribeauvillé ont montré une baisse de densité de vers de terre de 40 % en 4 ans dans des parcelles travaillées deux fois par an en surface, contre une stabilité dans celles enherbées et non labourées (INRAE, 2022).
Modification de la structure du sol : apparition possible de semelles
L’un des écueils fréquents du labour léger est la création d’une “semelle de labour”, c’est-à-dire une couche compacte, imperméable, formée à la profondeur de passage des outils. Surtout en sols limoneux ou argileux, on observe parfois, au bout de quelques années, une diminution de l’exploration racinaire sous cette barrière artificielle, entraînant :
- un développement racinaire superficiel,
- une moindre résistance au stress hydrique,
- des risques de pourriture racinaire si la stagnation d’eau s’accentue.
Une étude relayée par France Agrimer en 2017 évoque ce point : sur les collines sous-vosgiennes, près de 28 % des exploitations ayant pratiqué le labour léger sans alternance de méthodes notent la présence de semelles compactes à 10 cm de profondeur.
Coût, énergie et bilan carbone à surveiller de près
A l’heure où la gestion du carbone inquiète (l’agriculture représente 19% des émissions nationales selon le Ministère de l’Environnement), la mécanique énergétique du labour léger suscite débat : carburant du tracteur, usure du matériel, temps de travail et compression du sol dans les passages humides. Répéter trois ou quatre passages par an peut représenter jusqu’à 25 litres/ha de gazole, soit 66 kg d’équivalent CO (source : ADEME, 2020).
La rentabilité doit également être mise en balance avec le prix élevé de la main-d’œuvre dans les vignobles de forte pente, où le recours à l’animal ou au micro-tracteur peut doubler les coûts.