Mesurer la biodiversité ne se résume pas à compter quelques fleurs ou oiseaux. Plusieurs familles d’indicateurs sont utilisées, du sol au ciel. Ces indicateurs s’articulent souvent autour de trois grandes catégories :
- Richesse spécifique : nombre d’espèces différentes par groupe biologique (plantes, oiseaux, arthropodes…)
- Abondance : nombre total d’individus observés par groupe
- Diversité fonctionnelle : variété des rôles écologiques présents (prédateurs, pollinisateurs, décomposeurs…)
À chaque niveau, il existe des méthodes de relevé et des protocoles adaptés à l’échelle du vignoble.
La flore spontanée, indicateur de premier plan
Le retour des herbes folles entre les rangs est l’une des signatures visuelles de la viticulture bio. Cette flore spontanée, loin d’être seulement décorative, nourrit le sol et favorise la faune auxiliaire.
- Transects botaniques : On effectue des relevés sur des bandes perpendiculaires aux rangs, en listant exhaustivement les espèces présentes sur une largeur donnée (souvent 1 mètre) sur plusieurs points de la parcelle.
- Indice de diversité de Shannon : Cet indice combine richesse spécifique et abondance relative ; un score élevé signale un bon équilibre.
En Alsace, une étude menée par l’AgroParisTech sur 20 domaines certifiés bio a recensé en moyenne entre 35 et 50 espèces végétales différentes au mètre carré sous le rang et l’inter-rang. À titre de comparaison, ce chiffre chute à moins de 15 dans les parcelles conventionnelles désherbées (Réseau Biodiversité pour les Abeilles, 2021).
La faune auxiliaire : insectes, oiseaux et petits mammifères
La diversité animale dans la vigne est un excellent baromètre de la santé du milieu. Les suivis portent sur trois groupes principaux :
- Invertébrés du sol : Vers de terre, collemboles, carabes… Leur inventaire se fait par extraction de terre (méthode TSBF) ou piégeage (pièges Barber-Jar).
- Arthropodes aériens : Recensement par battage des ceps, ou pose de pièges colorés pour attirer abeilles, syrphes, coccinelles.
- Oiseaux nicheurs et migrateurs : Suivis par point d’écoute (protocole STOC de la LPO). L’installation de nichoirs facilite le monitoring des mésanges, rouges-queues, etc.
D’après les relevés du programme Vitiforest (2018), on observe en moyenne trois fois plus d’oiseaux insectivores dans les vignobles bios que dans les vignobles conventionnels de la Plaine du Rhin.
La vie du sol, richesse invisible mais capitale
Le sol viticole peut héberger plus d’un milliard de micro-organismes par gramme ! Leur diversité est évaluée par :
- Comptage de la biomasse microbienne : Analyse en laboratoire à partir de prélèvements, exprimée en milligrammes par gramme de sol.
- Indice d’activité enzymatique : Plus l’activité est intense (décomposition, minéralisation), plus la biodiversité microbienne est élevée.
- Bioindication par la faune : Observation des vers de terre adultes, larves de tipules ou carabes lors de creusement de « monolithes » de terre.
Un sol de vigne bio compte en moyenne entre 200 et 250 individus de vers de terre par m² (source ITAB, 2019), chiffre qui peut chuter à moins de 80 en conventionnel.