Vigne et biocontrôle : Quelles solutions innovantes face aux maladies d’aujourd’hui ?

21 janvier 2026

Comprendre le biocontrôle : principes et enjeux en viticulture

Réduire la dépendance aux produits de synthèse est l’un des grands défis des viticulteurs engagés en agriculture biologique ou conventionnelle soucieuse d’écologie. Le biocontrôle regroupe un ensemble de méthodes qui protègent les cultures en utilisant :

  • des macro-organismes (insectes auxiliaires contre les ravageurs)
  • des micro-organismes (bactéries, champignons antagonistes des agents pathogènes)
  • des extraits végétaux (huiles essentielles, extraits de plantes tonifiants ou répulsifs)
  • des médiateurs chimiques naturels (pheromones pour la confusion sexuelle des papillons, par exemple).

En France, plus de 80 produits de biocontrôle sont homologués pour l'agriculture, dont une trentaine pour la vigne (source : Ministère de l’Agriculture). Mais le renouvellement s’accélère, avec de nouvelles solutions plus ciblées, moins sensibles aux aléas météo et, surtout, plus respectueuses des équilibres naturels du terroir.

L’arrivée remarquée des microorganismes antagonistes

Levures, bactéries et champignons : les « allies invisibles »

Le gros de l'actualité porte aujourd’hui sur les micro-organismes, plus agiles que les extraits de plantes, pour concurrencer ou inhiber directement les pathogènes :

  • Bacillus subtilis et Bacillus amyloliquefaciens : Ces bactéries forment un « film » sur la surface des feuilles, empêchant ainsi les spores de mildiou de germer. Plusieurs formulés existent, dont Serenade® (Bayer), autorisé sur vigne depuis 2017.
  • Trichoderma atroviride : Ce champignon « bénéfique » colonise les tissus abîmés et concurrence le botrytis responsable de la pourriture grise. Mieux encore, il stimule la réaction immunitaire de la plante (phénomène d’ISR : Induced Systemic Resistance).
  • Pythium oligandrum : Apparu plus récemment dans des essais viticoles, il contrôle efficacement certaines pourritures et a montré son intérêt en préventif sur le court-noué et la pourriture racinaire (source : VigneVIn.com).

Anecdote du vignoble : Plusieurs domaines alsaciens expérimentent l’association de Bacillus subtilis avec du cuivre réduit : résultats encourageants sur parcelles sensibles, avec des attaques de mildiou divisées par deux lors de l’année 2021, particulièrement pluvieuse. Toutefois, l’efficacité reste dépendante de la rigueur des applications, de la rapidité d’intervention après la pluie et d’une hygiène parcellaire exemplaire.

Extraits de plantes : une nouvelle vague d’actifs naturels

Au fil des essais INRAE et IFV (Institut Français de la Vigne et du Vin), certains extraits végétaux se révèlent avoir une action transversale, stimulant autant la robustesse de la plante que freinant le développement des maladies :

  • L’huile essentielle d’orange douce (formulé sous le nom Prev-Am®) : reconnue pour ses propriétés fongicides, elle agit principalement contre l’oïdium. Autorisé en agriculture biologique, ses applications sur feuille doivent être précises.
  • Extrait de peaux de raisin et feuilles de vigne : ces extraits, riches en polyphénols, sont évalués pour renforcer la tolérance au stress (une piste prometteuse contre le black rot, selon l’IFV 2023).
  • Ortiga (ortie) et prêle : souvent associées à un effet « tonifiant », elles sont de plus en plus intégrées dans des programmes certifiés. En 2022, à Mittelbergheim, sur une parcelle de Pinot Gris bio, le nombre de taches d’oïdium a été réduit de 25 % grâce à l’alternance de décoction de prêle et de traitements classiques.

À noter enfin l’importance des substances « élicitéurs », comme les extraits de laminarine (algue marine) : celles-ci n’agissent pas directement sur le pathogène, mais « réveillent » la vigne pour stimuler sa propre défense.

Chercher l’équilibre : le biocontrôle face au cuivre et aux aléas climatiques

Si le cuivre reste une référence du bio, il est aussi critiqué pour son impact sur les sols. L’objectif : placer le biocontrôle comme rempart supplémentaire, pour réduire la dose cumulée de cuivre.

  • En Alsace, le programme Life Vin BioCuivre a révélé, en 2021, que l’introduction de Trichoderma en plus de 3 kg/ha de cuivre permet de descendre à 2,5 kg/ha, tout en gardant une efficacité contre le mildiou dans 70 % des situations (source : Projet Life Vin BioCuivre).
  • Problème récurrent : l’efficacité des bactéries antagonistes chute rapidement après de fortes pluies. L’innovation porte donc sur de nouveaux adjuvants (argiles, gommes naturelles) pour mieux fixer ces organismes sur la feuille, même pendant les épisodes orageux.

Zoom sur la confusion sexuelle et la gestion intégrée

Au-delà des molécules et organismes, le biocontrôle en viticulture, c’est aussi la gestion des ravageurs par la confusion sexuelle :

  • Pheromones contre l’eudémis et la cochylis : Largement adoptée en Alsace (plus de 3800 ha équipés en 2023 selon la CIVA), la diffusion de phéromones (sachets suspendus dans les rangs) brouille la localisation des femelles, effondrant la fécondation. Bénéfice : 80 à 95 % de grappes indemnes de chenilles sans insecticide.
  • Altérations collatérales : La confusion sexuelle n’affecte aucune espèce non-cible et respecte les insectes pollinisateurs et auxiliaires présents au vignoble.

Les perspectives : difficultés, freins et promesses de la recherche

Malgré une vitalité certaine, le biocontrôle n’est pas exempt de freins :

  • Coût et logistique : Certains microorganismes exigent un stockage au froid et une application rapide, incompatibles avec de larges surfaces et la météo alsacienne changeante.
  • Fiabilité variable : Efficacité variable selon le contexte météo, la pression maladie et la variété de vigne. Démarche d’essais et d’ajustements indispensable chaque année sur le terrain.
  • Freins réglementaires : En 2024, de nombreuses substances issues de plantes ou d’algues peinent à être homologuées du fait d’essais longs et coûteux (seulement 14 nouveaux produits en attente d’AMM, selon l’IBMA France).

La recherche, dynamisée par l’essor de la biotechnologie agricole, se concentre aujourd’hui sur trois axes :

  • Microbiote racinaire : insertion de champignons symbiotiques et de bactéries endophytes pour stimuler la vigne dès la racine.
  • Innovations galéniques : nouveaux adjuvants, paillettes « slow-release » de microorganismes et microencapsulation d’extraits végétaux pour prolonger la protection même sous forte pluie.
  • Personnalisation des programmes : combinaisons sur-mesure (microorganismes + extraits végétaux + cuivre réduit) en fonction du cépage, du climat, du terroir. En Alsace, les essais sur Sylvaner et Riesling sont particulièrement avancés, selon l’IFV.

Perspectives d’avenir et rôle du vigneron

Le biocontrôle s’impose comme l’une des boîtes à outils clés de la viticulture durable. Les avancées, réelles, rendent possible une diminution progressive des traitements « durs », mais elles supposent observation fine, souplesse d’intervention et pilotage parcellaire au quotidien. Dans les prochaines années, il sera clé d’intégrer ces nouveaux outils dans une logique globale – sol vivant, biodiversité, cépages adaptés – et de repérer, saison après saison, les alliances les plus efficaces entre pratiques naturelles, biocontrôle ciblé et innovations de la recherche.

Rien ne remplace l’œil et l’intelligence du vigneron à la vigne. Les biocontrôles sont là pour accompagner, pas pour remplacer le savoir-faire et l’observation. Les jours de brouillard ou après l’orage, c’est d’abord la vigilance sur le terrain, alliée à ces nouveaux alliés invisibles, qui fait la différence et prépare la résilience du vignoble alsacien face aux défis de demain.

Sources principales : IFV, INRAE, Ministère de l’Agriculture, CIVA, IBMA France, VigneVin.com, Projet Life VinBioCuivre.

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